Marseille : « L’homophobie est banalisée »… Victime d’une agression puis de menaces en ligne, Ewan Ange témoigne

L’homophobie est banalisée : le témoignage d’Ewan Ange

« Je reste profondément choqué ». Depuis une semaine, les images brutales tournent en boucle dans la tête d’Ewan Ange*, 22 ans. Jeudi dernier, à l’heure du déjeuner dans un McDonald’s du 6e arrondissement de Marseille, le jeune homme a été victime d’une violente agression homophobe alors qu’il venait de s’installer pour manger avec une amie.

Le chanteur, suivi par plusieurs milliers de personnes sur les réseaux sociaux, explique avoir été reconnu par un groupe de jeunes. « Ils m’ont directement insulté : « C’est le PD de TikTok » », se souvient-il. Il décide d’en référer au personnel du restaurant, mais la situation s’envenime et les insultes pleuvent. Ewan se filme pour garder une preuve des faits.

Coups et insultes en ligne

« L’un des individus se lève, il m’attrape par le col, je tente de le repousser, il se jette sur moi », retrace-t-il. Coups de poing, coups de pied, cheveux tirés… Les minutes défilent, semblant durer des heures. « Sous le regard des personnes présentes qui filmaient et rigolaient ». Le directeur de l’établissement finit par les séparer, mais les menaces se poursuivent. Le groupe attend même Ewan à la sortie, puis quitte les lieux avant l’arrivée de la police. Bouleversé, le chanteur a déposé plainte, soutenu notamment par l’association Stop Homophobie. Il décide également de diffuser la vidéo et de médiatiser l’affaire pour alerter.

Mais le cauchemar ne s’arrête pas. Depuis la diffusion de la vidéo sur les réseaux sociaux, partagée à de nombreuses reprises, le harcèlement est aussi en ligne. « Je reçois des insultes, des menaces, des personnes sont d’accord avec ce qu’il s’est passé et il n’y a aucune prise de conscience », déplore-t-il. Son avocate, Me Laura Tafani, évoque un « déferlement de haine numérique » et annonce que des plaintes pénales seront déposées contre chaque internaute ayant proféré des menaces de mort et des injures. « L’espace numérique n’est pas une zone de non-droit », rappelle-t-elle.

« On prend trop de risques juste en existant »

« J’ai déjà été agressé il y a un an, dans un bus. Je reçois des insultes, des crachats au quotidien… Mais là, des coups, c’est vraiment grave », souligne Ewan Ange. Très présent sur les réseaux et dans les rues de Marseille, où il réalise des performances pour faire connaître sa musique, il s’interroge désormais sur cette exposition. « Je vais peut-être freiner le fait d’aller au contact du public. C’est ce que j’aime mais c’est dangereux : on prend trop de risques à sortir, juste en existant. »

Le Marseillais est d’autant plus choqué qu’il ne reconnaît pas sa ville, « qui reflète normalement l’ouverture d’esprit et la tolérance ». Il espère une condamnation par la justice pour ses agresseurs, afin de permettre une « prise de conscience ». « L’homophobie est banalisée », martèle-t-il.

En attendant, il peut compter sur le soutien de ses proches et de la municipalité. « J’ai reçu un message du maire, Benoît Payan, cela m’a profondément touché », confie-t-il. Une rencontre est prévue entre le jeune homme et la mairie en ce mois des fiertés. Toujours traumatisé, Ewan Ange se reconstruit via la musique et a déjà écrit une chanson sur l’agression : Strong. « Le texte m’est venu à la suite de ce qu’il s’est passé. C’est un message d’espoir pour transformer la souffrance et se sentir unis dans des moments où l’on pourrait se sentir seul ».

Ewan Ange est le pseudonyme utilisé par le jeune homme sur les réseaux sociaux.

Source : 20 Minutes

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