Studio Acte : « Ça veut dire quoi réemployer du bois issu d’un pillage colonial ? »

La question du réemploi de matériaux, particulièrement celle du bois issu de l’extraction coloniale, soulève des enjeux historiques et éthiques importants. Estelle Barriol et Fanny Bordes, architectes de Studio Acte, se penchent sur cette problématique dans un contexte où le réemploi est en pleine expansion, notamment aux Pays-Bas.

Lors de leur exploration des entrepôts de revendeurs de matériaux à Rotterdam, les architectes ont découvert un stock de bois tropical provenant des Guyanes. Ce bois, extrait durant la période coloniale, a été utilisé pendant des siècles comme pieux d’amarrage dans les ports néerlandais. Aujourd’hui, il est remis en circulation sur le marché, revendu comme tout autre matériau de construction.

Cette situation pose d’importantes questions : comment utiliser des matériaux issus d’une extraction coloniale sans reproduire les dynamiques d’exploitation que l’on cherche à déconstruire ? Les architectes soulignent que le réemploi ne se limite pas à une simple pratique matérielle, mais doit également inclure une réflexion critique sur les héritages culturels et historiques liés à ces matériaux.

La culture de l’expérimentation dans l’architecture néerlandaise, qui pousse à une recherche approfondie sur les matériaux, a influencé leur approche. Elles insistent sur la nécessité d’apprendre des matériaux eux-mêmes, plutôt que de se limiter à une formation académique classique.

Pour conclure, le réemploi du bois issu de pratiques coloniales invite à une réflexion plus large sur la propriété des matériaux et leur histoire, questionnant ainsi notre rapport à l’héritage colonial dans l’architecture contemporaine.

Source : AOC Media, article du 7 mars 2026.

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