
Tous les dimanches matins, une quinzaine de Terre-Neuves s’entraînent à ramener une victime, tracter un paddle ou secourir plusieurs personnes en difficulté. Ces chiens sauveteurs ne sont pourtant toujours pas autorisés à assister les maîtres-nageurs.
Dans l’eau calme de la base nautique de Corbière, Nikki attend son tour. À quelques mètres, son maître s’éloigne à la nage avant d’appeler le chien. Sans hésiter, le Terre-Neuve plonge, rejoint son éducateur puis le ramène jusqu’au ponton en quelques secondes. Plus loin, un autre remorque un paddle avec son occupant.
Les exercices s’enchaînent ainsi pendant des heures, sous les consignes des moniteurs. Sur le quai, les imposants chiens noirs impressionnent les plagistes de l’autre côté de la grille. Certains dépassent les 70 kilos. Et dès que les ordres tombent, leur calme contraste avec leur gabarit.
« Les Terre-Neuves ont une membrane entre les doigts qui leur fait comme des palmes », explique Michelle Salel, présidente de l’association Terre-Neuve 13. « Leur poil est imperméable, un peu comme une combinaison de plongée. Ils ont aussi une très grande capacité thoracique qui leur permet de nager longtemps. Leur longue queue touffue sert de gouvernail. »
Une formation toute l’année…
Créée en 2002, l’association s’entraîne chaque dimanche matin, de janvier à décembre. Les propriétaires viennent avec leur propre chien pour apprendre progressivement les gestes de sauvetage. La séance débute toujours à terre. Les molosses, alors équipés d’un harnais de flottaison, rejoignent la mer.
« Le chien commence par aller chercher un jouet. Ensuite son maître, puis deux victimes ou un paddle seront tractés grâce aux poignées sur le gilet », décrit Michelle Salel. « Sur certains harnais, un airbag maintient la tête du chien hors de l’eau. »
Seulement des Terre-Neuves participent à la session ce jour-là. Une petite chienne marron et un bicolore se démarquent du groupe. Toutes les autres races reconnues comme chiens d’eau par la Société Centrale Canine peuvent également intégrer les entraînements.
… pour assister bénévolement les sauveteurs
Malgré ses vingt-quatre ans d’expérience, les activités de l’association ne débouchent sur aucune mission officielle. « Notre objectif, c’est d’assister bénévolement les sauveteurs pour la surveillance des plages, pas de les remplacer », insiste sa présidente.
Grâce à leur puissance, les Terre-Neuves peuvent tracter simultanément une tonne, pendant plusieurs heures, soulageant ainsi les maîtres-nageurs. « Les sauveteurs nous ont confirmé lors de deux saisons d’expérimentation sur les plages de la Lave que c’était une aide fantastique, facilitant leur travail. »
« J’ai beau en parler à beaucoup d’élus, aucune municipalité n’a encore accepté de pérenniser notre présence », déplore Michelle Salel qui pointe la réglementation des plages où les chiens sont interdits. Récemment, une personne est tombée d’un rocher près de la base, à L’Estaque. « Avant que les pompiers n’arrivent, des baigneurs sont venus nous chercher. Malheureusement, il était trop tard. »
Un modèle qui fonctionne déjà en Italie
« Cela fait quarante ans que les chiens italiens participent à la surveillance des plages et des lacs », compare Michelle Salel, qui y est elle-même instructrice. En France, alors que les noyades continuent de faire des victimes chaque été, les canidés restent cantonnés aux entraînements et démonstrations organisés avec la SNSM ou lors du salon nautique de La Ciotat. « Dès qu’il y a une personne en détresse dans l’eau, je sais quoi faire et mon chien suivra dans tous les cas », affirme la présidente de Terre-Neuve 13.
Cet article est basé sur des informations de Made in Marseille.



