Soudan du Sud : l’ONU alerte sur un pays à la croisée des chemins
Devant le Conseil de sécurité, la cheffe de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), Anita Kiki Gbeho, a appelé les dirigeants sud-soudanais à mettre fin aux hostilités et à engager un dialogue politique inclusif. Selon elle, le pays, bien que confronté à des défis majeurs, a une réelle opportunité de changer de cap.
Une transition sous tension
Le climat politique est actuellement dominé par les préparatifs des élections prévues en décembre 2026. Cependant, des inquiétudes persistent quant à la capacité de réunir dans les délais les conditions nécessaires pour des élections « crédibles, pacifiques et inclusives ». La confiance entre les acteurs politiques reste fragile, exacerbée par l’absence de figures majeures de l’opposition dans les processus décisionnels et les difficultés liées à la mise en œuvre de l’accord de paix revitalisé. De plus, le procès du premier vice-président, Riek Machar, se prolonge depuis près d’un an, avec plus de cent jours d’audience, alors qu’il est toujours en détention.
Les combats se poursuivent
La situation sécuritaire continue de se détériorer. Des affrontements opposent les Forces de défense du peuple du Soudan du Sud (SSPDF) à l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition (SPLA-IO), notamment dans l’État de Jonglei et d’autres régions comme le Haut-Nil et l’Unité. Les violences intercommunautaires persistent également, causant des déplacements forcés et des pertes en vies humaines.
Des violations répétées du cessez-le-feu
La mise en œuvre de l’accord de paix est gravement compromise par l’impasse politique et sécuritaire. Le général à la retraite George Aggrey Owinow, président par intérim de la Commission conjointe de suivi et d’évaluation reconstituée (RJMEC), a noté que le cessez-le-feu permanent est régulièrement violé et que les réformes du secteur de la sécurité stagnent. Il a appelé à un désamorçage des tensions et à une visite de solidarité à Djouba pour encourager un dénouement pacifique de la transition.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Les conséquences humanitaires de cette insécurité sont alarmantes. Entre janvier et juin, plus de 420.000 personnes ont été déplacées, principalement dans l’État de Jonglei. Actuellement, 7,1 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire, tandis que 1,4 million d’autres ont fui la guerre au Soudan voisin. Les épidémies, notamment de choléra, et le risque de propagation d’Ebola aggravent la situation, rendant l’accès humanitaire de plus en plus difficile.
Des progrès, mais des obstacles majeurs
Malgré ce contexte difficile, quelques avancées ont été réalisées. Le gouvernement a annoncé son engagement à ne pas reprendre les hostilités, une me jugée importante par la MINUSS. Cependant, Anita Kiki Gbeho a insisté sur le fait que ces progrès demeurent insuffisants tant que les engagements de l’accord de paix ne sont pas pleinement respectés.
Un appel à protéger les femmes
La présidente du South Sudan Women’s Empowerment Network, Lilian Riziq, a également appelé à une protection renforcée des femmes et des filles, qui subissent de plein fouet l’insécurité physique et l’exclusion politique. Elle a souligné l’augmentation significative des violences sexuelles liées au conflit, demandant une participation équitable des femmes dans les processus politiques.
En conclusion, Anita Kiki Gbeho a exhorté le Conseil de sécurité à mettre fin aux combats, protéger les civils, relancer un dialogue politique inclusif et évaluer les conditions nécessaires pour la tenue d’élections crédibles. Seule une action politique concertée pourrait transformer cette période de transition en une véritable opportunité de paix.
Source : ONU



