Tour de France Femmes : La polémique des soutiens-gorge rembourrés
Une brassière de sport peut-elle faire gagner une quinzaine de secondes sur un contre-la-montre ? C’est la question qui agite le peloton féminin depuis la 3e étape du Tour de France Femmes. Des soupçons de rembourrage destiné à améliorer l’aérodynamisme des coureuses ont conduit l’Union cycliste internationale (UCI) à renforcer, dans l’urgence, le contrôle des tenues avant le contre-la-montre disputé entre Gevrey-Chambertin et Dijon.
Cette technique, désignée par l’expression anglaise « bra stuffing », consiste à rembourrer la brassière pour augmenter le volume du buste et modifier l’écoulement de l’air autour du corps. En position de chrono, l’air qui glisse sous le buste vient buter contre les cuisses, créant une résistance. Un torse plus volumineux dévie ce flux vers le haut, permettant aux jambes de pédaler dans un air moins comprimé. Cette méthode pourrait réduire la résistance à l’air jusqu’à 3,6 %, avec un gain estimé à 0,78 seconde par kilomètre. Sur un chrono comme celui de l’épreuve de mardi, cela pourrait représenter une différence de près de quinze secondes.
L’article 1.3.032 du règlement technique de l’UCI interdit tout vêtement ou accessoire modifiant la morphologie du coureur. Ce règlement limite la tenue à son utilité vestimentaire. Si une pièce textile remplit une fonction aérodynamique qui dépasse sa fonction vestimentaire, elle devient un équipement soumis à homologation.
Ce contrôle est une première sur le Tour de France Femmes. Étonnamment, la demande émane des équipes elles-mêmes. Avant la 3e étape, plusieurs formations du WorldTour féminin ont alerté le site d’information cycliste Wielerflits que certaines coureuses auraient une poitrine plus volumineuse en contre-la-montre qu’en course en ligne. Elles ont alors exigé un contrôle par une commissaire. Le jury a mis en place un dispositif au départ de l’épreuve, les coureuses devant se présenter dix minutes avant leur heure de course pour faire vérifier leur vélo et leur tenue.
Cependant, aucune coureuse n’a été sanctionnée. Plusieurs d’entre elles ont même déclaré n’avoir subi aucune vérification approfondie. Interrogée par la RTBF, Marie Le Net (FDJ-SUEZ) a indiqué qu’on lui avait simplement demandé si elle avait eu recours à cette technique. Shari Bossuyt (AG Insurance) a ajouté qu’elle n’avait vu personne être inspectée. L’UCI n’a pas communiqué le nombre de contrôles effectués ni leurs résultats.
Cette polémique, bien que semblant anecdotique, met en lumière une dynamique plus large. À me que la lutte antidopage se renforce, la recherche de performance se déplace vers l’équipement et la position. La course, elle, continue, et les coureuses se dirigent déjà vers la sixième étape d’un Tour parti de Lausanne, avec le Ventoux en ligne de mire.
Source : Le Journal du Dimanche



