De mémoire de vigneron, on n’a jamais récolté aussi tôt

Les canicules qui se sont enchaînées cet été ont permis aux raisins utilisés dans la fabrication du crémant de mûrir plus vite, avançant la date de la récolte. Les vignerons n’ont jamais vu ça.

Récoltera-t-on bientôt le raisin en juillet ? En ce jeudi 8 août, les vendanges ont déjà commencé sur le domaine de Luc Bergerie, situé à Saint-Sulpice-de-Faleyrens, au sud de Libourne. Ses raisins sont destinés à la production de crémant, un vin effervescent mousseux, qui a besoin des premiers fruits de la saison.

« À l’époque, mon grand-père récoltait ça au mois d’octobre. Se dire qu’on récolte le 6 août, ça fait bizarre. Avant ça, notre vendange la plus précoce était le 13 août », retrace le vigneron. « Il y a encore dix ou quinze ans, on commençait plutôt début septembre », abonde Dominique Furlan, président de la coopérative Louis Vallon. « Il ne faut plus nier le réchauffement climatique. »

Dans la vigne de Luc Bergerie, on remarque une herbe jaunie par la sécheresse et surtout des raisins plus petits qu’à l’accoutumée. « En juin et juillet, on a manqué d’eau, la vigne a stressé et ça donne des petits raisins aujourd’hui », explique le producteur. « On va manquer un peu de rendement, mais la qualité sera au rendez-vous. »

Les fortes chaleurs ont accéléré la maturité des vignes, poussant à cette première récolte précoce. Ses fruits sont ramassés par quarante coupeurs de tous âges, avec un rendement cible d’une tonne par personne et par jour.

« De mémoire de vigneron, on n’a jamais récolté aussi tôt », confirme Philippe Cazaux, directeur de la coopérative Bordeaux Families. Il estime que cette vendange sera moins fructueuse que les années précédentes : « On a l’habitude de produire sept millions de bouteilles de crémant, alors qu’on devrait être autour de six millions cette année. »

Malgré cette vendange précoce et un peu moins fructueuse, pas de quoi s’inquiéter pour les vignerons. « On s’adapte, on a des stocks », ras Philippe Cazaux. « Cette récolte ne sera commercialisée en bouteilles qu’en 2028 ou 2029, c’est un produit de temps long. Les années se suivent et parfois se compensent. »

D’autant que le crémant de Bordeaux est un produit à la mode : la production de cette appellation reconnue depuis 1990 a été multipliée par cinq au cours des dix dernières années. 16 millions de bouteilles sont produites chaque saison, avec des raisins occupant 750 hectares.

« On en produisait moitié moins il y a dix ans. Il y a quelques années, c’était encore un produit confidentiel. Aujourd’hui, c’est devenu une vraie solution de rentabilité et de diversification pour les vignerons », indique Dominique Furlan. Pas de quoi néanmoins effrayer le traditionnel vin rouge, qui occupe toujours 80 % des vignes du Bordelais.

Source : France 3 Aquitaine.

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