Du jamais vu de mémoire vigneronne : les vendanges du Vouvray et du Chinon auront trois semaines d’avance
Habitués à récolter le raisin fin septembre, les producteurs voient leur calendrier déréglé par les canicules à répétition et la sécheresse. En Indre-et-Loire, les vignerons guettent le baromètre.
Des vignes à perte de vue. Devant certains domaines, c’est bien vert, et pourtant, la vigne a bien peiné. Philippe Brisebarre, viticulteur à Vouvray, exprime son étonnement : « Ça va être ma 52ème vendange, je n’ai jamais vu cela, même en 1976. C’était très précoce, on avait commencé à récolter le 20 septembre, mais là, ça pourrait être fin août. » Il souligne que le très précoce d’il y a 50 ans est devenu la norme actuelle.
Ce constat est partagé par de nombreux viticulteurs de la région. À quelques kilomètres à l’ouest, dans le Chinonais, Wilfried Rousse prévoit de vendanger les blancs le 1er septembre et les rouges le 7. Les chaleurs extrêmes ne sont pas les seules responsables ; cet été a été le plus sec qu’il ait connu. La croissance des vignes a été perturbée, entraînant une fragilisation qui se traduit par un rendement réduit. Wilfried Rousse se résigne : « On devrait faire une demi-récolte, si on a de l’eau. »
La floraison, qui a eu lieu fin mai, a été exceptionnelle, mais la suite a été marquée par un stress hydrique. Les raisins, en conséquence, sont plus petits que prévu. Wilfried Rousse note : « On ne fera pas une année exceptionnelle au niveau quantité, mais en qualité, ça sera quand même un millésime super sympa. »
Les cabernets de cette année ressemblent davantage à ceux du Languedoc, ce qui suscite l’intérêt des vignerons. À Vouvray, les vignes, situées sur des coteaux argileux sur calcaire, bénéficient d’une bonne rétention en eau. Cependant, les jeunes vignes de moins de dix ans, dont les racines ne sont pas encore assez profondes, sont plus vulnérables.
La situation est préoccupante : « À 20% d’hygrométrie, la photosynthèse devient impossible, la vigne se met en veille, » explique Philippe Brisebarre. La question de la récolte se pose : vendanger maintenant ou attendre une maturation supplémentaire ? Les conditions météorologiques, notamment des orages en août, pourraient influer sur la qualité des cépages.
Face à ces aléas, les viticulteurs doivent s’adapter. La station de Savigny-en-Véron a enregistré des températures dépassant les 43°C à l’ombre. Wilfried Rousse observe que les racines des vignes s’adaptent en profondeur : « Si on n’a pas d’humidité dans les 30 ou 40 cm, les racines plongent. »
Les hivers trop doux rendent également les vignes plus sensibles. « 2026 c’est atypique mais intéressant, » conclut Wilfried Rousse, soulignant que les vignerons doivent envisager des changements, même si le cabernet franc reste leur choix principal.
Avec des récoltes désormais en été, il semble qu’un nouveau Rabelais serait nécessaire pour raconter cette évolution des vendanges.
Source : France 3 Régions


