Ils m’empêchent de rejoindre mes oliviers : La vie sous occupation israélienne au Sud-Liban
Beyrouth (correspondance)
Un drapeau israélien flotte à Naqoura, en plein territoire libanais, devant une Méditerranée scintillante sous le soleil de juillet. La route côtière, entourée de bananeraies dévastées par des chenilles de tanks, est barrée par un checkpoint improvisé. Un convoi humanitaire de l’Œuvre d’Orient, accompagné d’une vingtaine de journalistes, s’arrête. Des soldats israéliens apparaissent au balcon d’une maison en ruine, leur donnant l’ordre de faire demi-tour.
Malgré des jours de négociations et des autorisations accordées, le convoi est contraint de repartir sans avoir atteint Rmeish, Ain Ebel et Debel, trois villages libanais encerclés par Tsahal. En parallèle, une détonation d’une frappe aérienne retentit. Israël impose ainsi sa loi sur les 600 km² de terres libanaises qu’il occupe, contrôlant le droit de passage dans ce pays souverain.
Ayoub Khreich, maire d’Ain Ebel, déclare lors d’une visioconférence : « Nous vivons dans une prison à ciel ouvert, coupés du reste du monde. » Le village dépend des convois humanitaires depuis l’offensive israélienne du 2 mars, qui a causé plus de 4 300 morts et 8 000 blessés au Liban.
Les Israéliens, en autorisant ou non des convois, décident de la survie de plusieurs villages, alors que Tsahal continue ses frappes aériennes et offensives terrestres, dynamitant plus d’une cinquantaine de localités. Le maire insiste sur la nécessité de préserver leur identité libanaise face à cette occupation.
Oliveraies et champs coupés d’accès
Élie el-Lallous, agriculteur d’Ain Ebel, n’a pas quitté son village depuis son encerclement par Tsahal. « C’est une situation pesante, nous sommes fatigués. Heureusement, nous sommes ravitaillés, mais combien de temps pouvons-nous tenir ainsi ? » s’interroge-t-il. Les habitants vivent en état de siège depuis octobre 2023, lorsque la guerre entre le Hezbollah et Israël a éclaté. Élie, qui a fui à Beyrouth lors de la première offensive terrestre israélienne en 2024, ne peut plus accéder à 80 % de ses oliveraies, désormais sous contrôle israélien.
Depuis l’offensive de mars 2026, Tsahal a avancé jusqu’au fleuve Litani, occupant de facto 6 % du territoire libanais. Élie, qui dépend de ses 300 oliviers, subit la perte de trois saisons de récolte consécutives. « Avec les oliviers accessibles, je ne peux produire que 20 gallons d’huile au lieu de 130. C’est toute l’économie de notre village qui est affectée. »
Un « écocide » israélien au Sud-Liban
L’armée israélienne affirme vouloir créer une zone sans la présence du Hezbollah pour asr la sécurité des habitants du nord d’Israël. Cependant, ceux qui vivent cette occupation contestent ces déclarations. Mohammad el-Husseini, président du syndicat des agriculteurs du Sud-Liban, déclare : « Ils n’ont pas besoin de détruire maisons et champs d’un point de vue militaire. Il semble que leur but soit de créer une zone tampon pour empêcher le retour des habitants. »
Il précise que des dizaines de milliers d’agriculteurs ont été déplacés et qu’Israël a détruit 56 000 hectares de terres agricoles, un acte qualifié de « crime de guerre ». De plus, environ 22 % de la production agricole libanaise est entravée par l’occupation.
Cultiver le lien à la terre en exil
Ali Hassan Chit, agriculteur de Kfar Kila, actuellement déplacé, évoque une époque où l’occupation était moins dévastatrice. « Aujourd’hui, il n’y a plus d’habitants, plus de maisons, » dit-il. Ali et sa famille possédaient une cinquantaine de dunums de terres agricoles, mais aujourd’hui, il ne reste que des ruines.
« Nous avons été l’un des premiers villages détruits, et personne n’a rien fait. Israël a continué à avancer jusqu’au Litani, » critique-t-il, alors qu’il cultive quelques légumes d’été dans son potager d’exil, espérant un jour retrouver son village.
Source : Reporterre


