« Pour un agriculteur, c’est dramatique » : le manque de pluie retarde la récolte du lin et inquiète les cultivateurs
Le lin a été arraché, mais il reste encore dans les champs. Les agriculteurs attendent la pluie depuis plus d’un mois pour que se déroule le processus de rouissage, essentiel à la transformation des fibres de la plante en tissu.
Le mois de juillet 2026 a été le plus chaud et le plus sec jamais enregistré par Météo-France. En Normandie, seulement 3,2 mm de pluie sont tombés, soit près de 20 fois moins que la moyenne habituelle. Cette sécheresse impacte gravement les cultures, notamment celle du lin, dont les Hauts-de-France et la Normandie représentent près de 66 % de la production mondiale.
Paul Dechaufour, agriculteur à Cagny, inspecte son champ de lin. Les plantes, arrachées en mai, sont disposées à plat pour favoriser le rouissage. Il constate : « Le rouissage est bien entamé à des endroits, mais à d’autres c’est encore jaune. Quand il y a du jaune, c’est que le lin n’est pas roui, il doit être gris. » L’absence de pluie empêche le lin de rouir, rendant la récolte impossible. Plus l’attente se prolonge, plus le lin risque de s’abîmer. « On va avoir une mauvaise couleur et des lins plus faibles. Si on récolte en septembre, entre deux pluies, on obtiendra un lin abîmé, ce qui réduira les recettes par hectare, » explique-t-il.
D’ordinaire, la récolte du lin roui se fait début août. Cependant, Didier Berville, technicien culturel pour la coopérative de Cagny, prévoit une récolte plutôt pour mi-septembre en raison de l’humidité anormalement basse. « Nous sommes à des niveaux d’hydrométrie de 20 à 30 %. Les nuits sont à moins de 80 %, donc pas de rosée. Ce n’est pas habituel, » souligne-t-il.
Si le lin ne reçoit pas assez d’humidité, ses fibres deviennent moins solides, rendant le fil inutilisable pour certains usages, comme le tissage de vêtements. Lucie Viel, agricultrice et présidente de la coopérative de Cagny, s’inquiète de la perte de revenus potentielle. « Pour un agriculteur, c’est dramatique. C’est ce qui va créer sa marge sur son exploitation. Actuellement, les céréales ne sont pas à un niveau très élevé et dépendent d’un contexte géopolitique fluctuante. Le lin représente une garantie de revenu pour nos exploitations. »
Une solution pourrait être l’irrigation des parcelles, mais les agriculteurs manquent de recul sur cette méthode.
Source : Franceinfo


