Le Grand Magal de Touba : Mémoire d’un exil, ferveur d’un peuple
Chaque 18 Safar du calendrier hégirien, le Sénégal célèbre un événement qui transcende les frontières de la confrérie mouride. La 132e édition du Grand Magal de Touba s’est tenue le dimanche 2 août 2026, rassemblant plusieurs millions de pèlerins venus de tout le pays, de la sous-région et de la diaspora, dans la cité sainte fondée par Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké.
L’origine de cet événement remonte à un épisode douloureux de la fin du XIXe siècle. Né en 1853 à Mbacké-Baol, Cheikh Ahmadou Bamba grandit dans une famille d’érudits. Il fonde dans les années 1880 une voie d’éducation spirituelle qui prône la foi, le travail et la discipline, devenant ainsi le fondateur de la confrérie mouride. Face à la répression de l’administration coloniale française, qui le dépeint à tort comme un prêcheur de djihad armé, il choisit une résistance pacifique. Arrêté le 10 août 1895, il est déporté au Gabon le 21 septembre de la même année. Pour ses disciples, cet exil représente une victoire spirituelle, symbole de patience et de confiance en Dieu, et c’est cet exil que le Magal commémore chaque année.
Au fil du temps, la célébration a évolué. Dans les premières décennies, chaque disciple observait le jour à sa manière, souvent par l’immolation d’un mouton. Ce n’est qu’en 1925 que Cheikh Ahmadou Bamba appelle sa communauté à une action de grâce collective. En 1946, Cheikh Mouhamadou Fadilou Mbacké structure le Grand Magal tel que nous le connaissons aujourd’hui, incitant tous les talibés à converger vers Touba le même jour.
L’héritage écrit de Cheikh Ahmadou Bamba est vaste. Il a composé des milliers de poèmes et de traités, dont les Khassaïdes, qui continuent d’être récités par ses disciples. Cet héritage a suscité un intérêt académique croissant, illustré par des travaux tels que celui de Khadim Mbacké sur la dimension politique des écrits du fondateur du mouridisme.
L’impact économique du Magal est également significatif. Une étude conjointe de l’Université Cheikh Ahmadoul Khadim (UCAK) et de l’Université Alioune Diop de Bambey (UADB), présentée le 28 juillet 2026, estime les retombées économiques de l’édition 2026 à 629,6 milliards de francs CFA, soit une augmentation de 2,5 fois par rapport à 2017. Cette hausse est attribuée à la consommation alimentaire, aux transports et aux services financiers. L’économiste Moubarack Lo a noté que le nombre de pèlerins est passé de 3 millions en 2011 à 6,5 millions en 2025, avec une prévision d’atteindre 13 millions dans une décennie.
Le Grand Magal représente un fait social total, intégrant des dimensions spirituelles, sociales, économiques et politiques. En 2026, un impressionnant dispositif logistique a été mis en place pour asr l’approvisionnement en eau et gérer les risques d’orages, témoignant de l’ampleur de cet événement devenu l’un des plus grands rassemblements religieux du continent.
Source : www.dakaractu.com


