À Bunia, Jean Kaseya évalue la riposte à Ebola
C’est la question qui a amené le docteur Jean Kaseya à Bunia, le chef-lieu de la province de l’Ituri. Quatre-vingts jours après la déclaration officielle de l’épidémie, les cas continuent d’augmenter. Le bilan est lourd : plus de 1 700 décès et près de 4 000 cas confirmés, selon le dernier bulletin du ministère de la Santé.
Le docteur Kaseya a reconnu l’incapacité actuelle des équipes médicales à briser la chaîne de contamination. « On a plus de 60 % des décès qui viennent de la communauté. La liste des contacts que nous avons ne permet pas de résorber. Donc pour nous, aujourd’hui, c’est vraiment de comprendre ce qui ne marche pas, » a-t-il déclaré.
Il a également souligné les axes d’intervention nécessaires pour contenir la propagation du virus. Les priorités incluent la détection rapide des cas, le suivi des contacts, la protection du personnel médical, ainsi que le rapprochement des services de dépistage et de soins auprès des populations affectées. Le directeur général d’Africa CDC a appelé à une accélération des efforts, estimant que tout retard dans la riposte pourrait favoriser la progression de la maladie.
Une mission d’évaluation qui laisse sceptique une partie de la population. À Bunia, les inquiétudes demeurent. Plusieurs habitants jugent les interventions des équipes de riposte insuffisantes pour stopper la propagation. « Les cas continuent à s’accumuler, à s’aggraver. Est-ce que la riposte n’est pas adaptée, ou bien y a-t-il une certaine négligence ? » s’interroge Xavier Asani, un résident de la ville.
Un autre problème soulevé concerne l’organisation et le paiement des agents de santé. Bruno Akilisende, un habitant, a déclaré que les moyens existent sur le papier, mais pas sur le terrain. « Les corps soignants souffrent, ils ne sont pas payés. Le gouvernement congolais a débloqué 50 millions de dollars, les organismes internationaux un milliard. Mais c’est resté sur les réseaux sociaux. Sur le terrain, il n’y a rien. »
Le docteur Jean Kaseya a inauguré récemment un centre de traitement d’Ebola à Rwankole, prévu pour accueillir 110 lits, dont environ 60 % seront destinés aux cas confirmés. La 17e épidémie déclarée officiellement dans le pays le 15 mai est causée par le virus Bundibugyo, pour lequel il n’existe ni vaccin, ni traitement. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché une alerte internationale, et des tests cliniques sont en préparation.
Source : DW News.


