L’importance de l’économie nationale : le cas du Brésil et de l’Inde
La fin de la Seconde Guerre mondiale a marqué un tournant pour les empires mondiaux ; affaiblies par des années de conflit, les nations européennes ne pouvaient plus maintenir leurs colonies. Une vague d’indépendance a suivi, alimentée par des militants anti-coloniaux locaux, le lourd coût économique de la guerre, et les intérêts stratégiques des nouvelles superpuissances mondiales, les États-Unis et l’Union soviétique. Cette transformation a soulevé une question cruciale : comment ces nations en développement aborderaient-elles leur indépendance économique ?
Dans son dernier ouvrage, “Constructing Economic Nationalisms in Brazil and India” (Cambridge University Press, 2026), le professeur associé au MIT, Jason Jackson, examine comment ces deux nations émergentes ont développé des formes distinctes de nationalisme économique depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à l’ère post-Seconde Guerre mondiale.
Le livre arrive à un moment opportun, alors que la montée de la mondialisation dans les années 1980 à 2000 avait conduit de nombreux observateurs à considérer le nationalisme comme un vestige du passé. Cependant, le nationalisme économique a fait un retour marqué ces dernières années, soulignant l’importance de comprendre ce phénomène tant dans ses formes historiques que contemporaines.
Jackson souligne que, bien que le nationalisme économique soit souvent défini de manière trompeuse comme étant « anti-étranger », sa recherche offre une définition plus nuancée de la manière dont le Brésil et l’Inde ont régulé l’investissement étranger après la Seconde Guerre mondiale pour améliorer leur statut dans le monde industrialisé.
Les deux pays fournissent des comparaisons éclairantes sur la façon dont les politiques économiques et les stratégies de développement peuvent diverger. Pendant l’ère d’après-guerre, les deux nations ont été motivées par le besoin d’augmenter leurs revenus nationaux et de garantir leur souveraineté économique, tout en poursuivant une industrialisation rapide. Ils ont également été confrontés à des obstacles similaires, notamment un accès limité au financement et à la technologie nécessaires pour bâtir une nation industrielle moderne.
Jackson soutient que le passé colonial du Brésil et de l’Inde, ainsi que leurs expériences d’indépendance précoce, ont façonné leurs approches divergentes en matière de croissance économique. Il a choisi d’examiner deux secteurs — le pétrole et l’automobile — pour contraster leurs politiques d’investissement direct étranger.
Son étude s’appuie sur des matériaux d’archives primaires, y compris des correspondances diplomatiques entre des responsables américains dans les deux pays et le département d’État américain. Ces rapports offrent des perspectives uniques sur les motivations des élites locales et les préoccupations stratégiques des entreprises multinationales américaines.
Les résultats de cette recherche indiquent que le nationalisme a pris des formes très différentes dans chaque pays. Au Brésil, la protection des ressources naturelles a été un moteur clé du nationalisme économique. En revanche, en Inde, les politiques de développement du secteur pétrolier et de l’industrie automobile ont été inversées, les nationalistes indiens considérant que les politiques commerciales britanniques avaient détruit leur industrie textile ancestrale.
Pour Jackson, comprendre ces dynamiques est essentiel pour appréhender la géopolitique contemporaine. Il souligne que le nationalisme est de nouveau reconnu comme une force influente sur la scène mondiale, avec des tensions entre ceux désirant maintenir un ordre international libéral et ceux prônant une économie plus centrée sur les nations.
Cette analyse met en lumière la nécessité de comprendre comment les différentes formes de nationalisme façonnent les perceptions des actions des puissances mondiales actuelles, permettant ainsi d’évaluer le présent et d’imaginer des futurs possibles.
Source : MIT News


