Tout risquer pour traverser la Manche : la loi du plus fort

Dans la matinée du mardi 4 août, 173 migrants ont été secourus au large de Boulogne-sur-Mer. Leur embarcation, surchargée, avait pris feu, soulevant des questions sur l’organisation de ces traversées qui mettent tant de vies en danger. Au cœur de ce trafic, de petits bateaux pneumatiques et des réseaux criminels.

Pour rejoindre les côtes anglaises, des bateaux pneumatiques de fortune sont devenus indispensables. À quelques kilomètres de Dunkerque, près d’un camp, les derniers préparatifs avant de prendre la mer se déroulent dans la discrétion. Les traversées se négocient et des gilets de sauvetage sont vendus à la sauvette.

Un passeur, ayant accepté de s’exprimer sous couvert d’anonymat, a révélé qu’il travaillait pour un réseau kurdo-irakien. Selon lui, le tarif pour traverser est de 1 200 à 1 300 euros par personne. « Quand la météo est bonne, j’achète un bateau, j’ai un chauffeur qui me le ramène depuis l’Allemagne », a-t-il expliqué.

Ces traversées génèrent près de 80 millions d’euros par an pour des réseaux criminels bien structurés. Le matériel nautique provient de Chine, et les pièces détachées transitent par la Turquie, où les réglementations sont plus laxistes. Les bateaux dégonflés sont ensuite transportés en France dans des véhicules.

Les autorités tentent de démanteler ces organisations, comme en 2024 en Allemagne, où des moteurs et du matériel nautique ont été saisis. En 2025, 41 000 migrants ont traversé la Manche à l’aide de ces embarcations, souvent en surcharge. Un exilé a tenté quatre fois de rejoindre l’Angleterre, évoquant des conditions de sécurité catastrophiques. « Pour monter dans le bateau, c’est la loi du plus fort », a-t-il déclaré.

Les passeurs privilégient désormais les bateaux, car les contrôles aux frontières sont de plus en plus stricts, notamment près du tunnel sous la Manche. Pour éviter les patrouilles, ils lancent souvent leurs embarcations plus loin des côtes.

Ce phénomène s’intensifie, selon le procureur de la République de Lille, Samuel Finielz, qui a noté l’émergence de « taxi boats » déployés loin des plages pour réduire la vulnérabilité aux interventions policières. En 2025, 42 migrants ont perdu la vie en tentant de traverser la Manche sur ces petites embarcations.

Source : Franceinfo

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