D’anciens guérilleros inquiets de l’arrivée d’un président de droite dure

D’anciens guérilleros inquiets de l’arrivée d’un président de droite dure

(Valle del Guamuez) Derlis Aizama et Daniel Paredes, tombés amoureux au sein de la guérilla, ont déposé les armes pour fonder une famille. Cependant, l’arrivée imminente au pouvoir d’un président colombien tenant d’une droite dure pourrait compromettre leur tentative de retour à la vie civile.

Le couple faisait partie d’une centaine de guérilleros concernés par un accord de désarmement signé en juin entre une dissidence des ex-FARC et le président de gauche Gustavo Petro. Avec l’investiture du président désigné Abelardo de la Espriella, soutenu par les États-Unis, l’avenir de cet accord est désormais en suspens. M. de la Espriella a promis de renoncer à la politique du gouvernement sortant, qui consistait à négocier avec les groupes armés, et entend, au contraire, leur faire la guerre.

Derlis Aizama, 24 ans, a confié à l’AFP qu’elle ne se sentait pas tranquille dans la zone spéciale gardée par l’armée, où vivent désormais les ex-guérilleros. « Nous sommes ici parce que nous voulons refaire nos vies, fonder un foyer », a-t-elle déclaré depuis cet endroit, situé dans la jungle du département de Putumayo (sud), aménagé avec des logements, une infirmerie et des terrains de football.

Dix ans après la signature d’un accord de paix historique entre la guérilla des FARC et l’État, plusieurs régions de Colombie sont toujours sous le contrôle de groupes armés, qu’il s’agisse de dissidents des ex-FARC, d’anciens paramilitaires ou de cartels, tous impliqués à divers degrés dans le trafic de cocaïne, dont la Colombie est le premier producteur mondial. La Coordination nationale Armée bolivarienne (CNEB) est la seule guérilla à avoir signé un accord à l’issue des discussions engagées par Gustavo Petro, le premier président de gauche de l’histoire de cette nation, arrivé au pouvoir en 2022.

Le désarmement de cette centaine de guérilleros a été l’avancée la plus importante de sa stratégie dite « paix totale », qui, selon les experts, a largement échoué et a permis à ces groupes de se renforcer. Abelardo de la Espriella a promis de mettre un terme à toute négociation avec les organisations illégales, considérant que la paix « s’impose par les armes ». Dans un pays qui connaît une violence inédite depuis une décennie, avec des attentats contre civils, police et armée, l’avocat millionnaire entend bombarder les campements de narcotrafiquants et démanteler une juridiction spéciale créée par l’accord de 2016 avec les FARC.

Derlis et Daniel, 32 ans, redoutent que le nouveau président ne réactive les mandats d’arrêt contre les rebelles suspendus par Gustavo Petro. Darwin, un ex-guérillero qui préfère garder l’anonymat, a suivi avec inquiétude les discours d’Abelardo de la Espriella, notamment l’ultimatum donné aux membres des groupes armés : se soumettre à la justice ordinaire ou bien affronter « la mort ou la prison ».

Les ex-guérilleros qui restent sur ces terres du Putumayo, en principe pour quelques mois, le temps que leur situation juridique soit clarifiée, étudient pour terminer leur parcours scolaire dans le secondaire. Le président désigné ne s’est pas exprimé sur le cas particulier de ces guérilleros repentis. Armando Novoa, le chef de la délégation gouvernementale qui a négocié l’accord, affirme que le statut de la zone spéciale est garanti par la loi face à toute tentative de démantèlement.

« Ce serait un véritable suicide institutionnel que d’ignorer cette réalité pour jeter 99 personnes dans les bras de la violence et des armes », a déclaré le négociateur.

(Source : Agence France-Presse)

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