
L’alpiniste Nirmal Purja lors d’une interview à Skardu, au Pakistan, le 21 janvier 2021. AAMIR QURESHI / AFP
La star de l’alpinisme britanno-népalais Nirmal Purja est mort aux côtés de neuf autres membres de son expédition au Pakistan, sur l’un des plus hauts sommets du monde. « C’est avec un immense chagrin que nous confirmons que Nirmal Purja a tragiquement perdu la vie à la suite de l’avalanche survenue sur le Broad Peak », a annoncé ce samedi 1er août sur les réseaux sociaux Elite Expedition, la société d’expéditions qu’il dirigeait.
« Nous avons également reçu la confirmation que les autres membres de l’expédition n’ont malheureusement pas survécu », a ajouté l’entreprise.
L’avalanche s’est produite jeudi, interrompant tout contact avec une expédition internationale de dix personnes dirigée par l’alpiniste britanno-népalais de 43 ans.
« La mort tragique de six alpinistes népalais et de quatre alpinistes étrangers, dont Nirmal Purja, nous a tous choqués », a réagi le Premier ministre du Népal, Balendra Shah. « L’histoire de leur courage et de leur engagement continuera à nous inspirer », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.
Quatorze sommets gravis en six mois
Nirmal Purja était un habitué des records : il avait gravi en un peu plus de six mois les 14 plus hauts sommets de la planète.
Issu d’une famille modeste d’un village du nord-ouest du Népal, Nims, son diminutif, 43 ans, a servi parmi les Gurkhas de l’armée britannique puis au sein d’une unité d’élite de la marine du Royaume-Uni avant de devenir alpiniste professionnel et guide.
En 2019, il réalise l’exploit de gravir en six mois et six jours les 14 « 8 000 » − les sommets les plus hauts de la planète, au-dessus de 8 000 m d’altitude. Sa détermination pour réaliser cette prouesse était telle qu’il a fait tatouer ces 14 montagnes sur son dos.
En 2021, un documentaire de Netflix « 14 pics : rien n’est impossible » est consacré à cet exploit, qui a pulvérisé le précédent record, qui était de sept ans. Il a toutefois essuyé des critiques pour son recours à des guides, à l’oxygène et aux cordes fixes, ainsi qu’à des hélicoptères pour relier les différents camps de base.
Deux ans plus tard, avec neuf Népalais, Purja réalise la première ascension hivernale du K2, situé dans l’Himalaya pakistanais.
« Mon objectif n’a jamais été moi »
Cette semaine, il avait écrit sur X qu’il était sur le point de devenir la première personne à gravir deux fois, sans oxygène, l’ensemble des 14 « super sommets ». « Broad Peak je ne demande rien d’autre qu’un passage sûr vers le haut et vers le bas ». « Mon objectif n’a jamais été moi. Il s’agit de ce que je représente. Il s’agit de vous montrer que vos propres montagnes − quelles qu’elles soient − peuvent être gravies », avait-il ajouté sur le réseau social.
Jeudi, une avalanche avait rompu tout contact avec l’expédition internationale de dix personnes qu’il dirigeait, alors que les alpinistes évoluaient à environ 6 600 mètres d’altitude, selon les autorités régionales.
Situé dans la chaîne du Karakoram, dans le nord du Pakistan, le Broad Peak (8 047 m) est le douzième plus haut sommet du monde. Son ascension est considérée comme l’une des plus ardues et techniques parmi tous les 8 000 mètres.
Purja, insatiable aventurier, avait confié lors d’un entretien avec l’Agence France Presse (AFP) en 2019 que l’un de ses secrets était « la discipline ».
Ce n’est qu’en 2012, à l’âge de 29 ans, qu’il découvre l’alpinisme à l’occasion d’un trek jusqu’au camp de base de l’Everest, au cours duquel il atteint le sommet du Lobuche, culminant à 6 119 mètres d’altitude. Il a ensuite troqué ses rangers contre des crampons, et quitté l’armée après 16 ans de service.
Déterminé à « rendre l’impossible possible » en gravissant les 14 sommets de plus de 8 000 mètres d’altitude, il a hypothéqué sa maison pour financer cette aventure surhumaine. À son retour, il fonde une société d’expéditions en montagne pour amener chaque saison des alpinistes à l’assaut des plus hauts sommets du monde, devenant un guide très demandé.
Accusations d’agressions sexuelles
En 2024, deux alpinistes, des femmes, avaient accusé Purja de harcèlement sexuel et d’agression, ce qu’il a nié.
Lors de son entretien avec l’AFP en 2019, « Nims » avait expliqué qu’il espérait inspirer et favoriser l’émergence de nouveaux alpinistes népalais : « il y a tant de meilleurs grimpeurs (que moi) qui n’ont pas eu d’opportunité. J’espère que de nombreux jeunes, même quelques-uns de nos frères sherpas, vont sortir du bois et probablement battre mon record ».
Les guides népalais sont la colonne vertébrale du secteur de l’alpinisme, vital pour le pays, mais beaucoup moins reconnus que les alpinistes étrangers.
Longtemps relégués à l’arrière-plan, les alpinistes népalais ont commencé à être reconnus pour leurs propres performances, la renommée internationale de Nirmal Purja contribuant à attirer l’attention sur leurs exploits.
La fondation créée par Purja finance des programmes d’éducation et des opérations de nettoyage de la montagne. Il a également construit une maison pour accueillir les porteurs sur la route de l’Everest. Malgré les multiples records inscrits à son palmarès, Nirmal Purja ne cessait de rechercher de nouveaux défis. « Il y a toujours de nouvelles frontières à franchir », expliquait-il à l’AFP. « C’est dans la nature humaine, c’est ce qui nous pousse à avancer ».


