Ceuta : Schengen, régularisations… L'Europe divisée face à la crise migratoire – L'Express

Ceuta : Schengen, régularisations… L’Europe divisée face à la crise migratoire

Le 30 juillet dernier, plusieurs dizaines de milliers de migrants, principalement marocains, ont rejoint Ceuta, une enclave espagnole sur la côte nord-africaine, en traversant la frontière terrestre ou en tentant de gagner ses plages à la nage. Le bilan humain reste incertain, avec des dizaines de morts recensées et des disparus toujours recherchés. Madrid a affirmé avoir repris le contrôle de la frontière en moins de quarante-huit heures, renvoyant la majorité des arrivants vers le Maroc. Cependant, la discussion européenne sur cette crise migratoire débute à peine.

Mardi 4 août, les ministres de l’Intérieur de l’Union européenne se réuniront en urgence. Ceuta soulève une question cruciale : lorsque la frontière d’un État membre est aussi celle de l’Union, jusqu’où va la responsabilité des autres États ? Avant même la réunion, un désaccord est apparu. Vingt-deux États membres, dont l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas, ont demandé une réponse européenne renforcée, tandis que la France, le Portugal et le Luxembourg n’ont pas signé cette proposition. Madrid conteste le diagnostic de certains partenaires, affirmant qu’aucun des migrants entrés à Ceuta n’a atteint l’Espagne continentale ou un autre pays de l’Union.

Ceuta et Melilla, les deux seules frontières terrestres entre l’Union européenne et l’Afrique, ont un statut particulier dans l’espace Schengen. Une personne entrant à Ceuta ne peut pas simplement se rendre en Espagne continentale sans subir des contrôles. L’Italie a rétabli temporairement des contrôles pour certaines arrivées depuis l’Espagne, soutenue par le Danemark et la Suède, qui souhaitent un renforcement des contrôles aux frontières. Toutefois, un État ne peut pas retirer à un autre son appartenance à Schengen sans justification légale.

Un autre désaccord émerge concernant la stratégie migratoire du gouvernement espagnol. Celui-ci a lancé un programme permettant à plusieurs centaines de milliers de sans-papiers présents en Espagne d’obtenir un statut légal. Certains gouvernements européens craignent que cela n’incite de nouvelles personnes à tenter le passage. Madrid, en revanche, soutient que les arrivées à Ceuta ont été contenues.

Bruxelles adopte une position intermédiaire. Dans une lettre adressée à Pedro Sanchez, Ursula von der Leyen a réaffirmé le soutien de l’Union à l’Espagne tout en soulignant la nécessité de renforcer les frontières aux points sensibles. Elle propose d’améliorer les systèmes d’alerte précoce à Ceuta et Melilla et d’augmenter l’aide technique et financière au Maroc.

L’Italie, dirigée par Giorgia Meloni, propose de créer des centres de retour en dehors de l’Union pour traiter la situation des migrants interceptés, un modèle déjà expérimenté avec l’Albanie. Cependant, la France s’oppose à cette approche, plaidant pour le soutien à l’Espagne et le renforcement des frontières extérieures.

Enfin, Madrid souligne qu’entre 2021 et 2026, l’Espagne a enregistré deux fois moins d’entrées irrégulières que l’Italie, soulevant la question de la responsabilité migratoire au sein de l’Union européenne.

Source : L’Express

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