Les métaphores des scientifiques pour alerter sur le changement climatique
Les scientifiques lanceurs d’alerte utilisent fréquemment des métaphores pour sensibiliser le grand public aux enjeux environnementaux. Une des métaphores les plus emblématiques provient du rapport Meadows, Halte à la croissance !, qui a précédé la première conférence sur l’environnement à Stockholm en 1972. Ce rapport illustre la prolifération d’un nénuphar sur un étang, qui double sa surface chaque jour. Selon cette métaphore, il faudrait 30 jours pour que le nénuphar envahisse entièrement le plan d’eau, étouffant toute forme de vie aquatique. La question posée est : quand aura-t-il conquis la moitié de l’étang, dernier moment pour agir ? Les auteurs estiment que la limite pour la Terre aurait dû être atteinte autour de 2020.
Une autre métaphore, celle des rivets, développée par Paul et Anne Ehrlich, évalue les conséquences de la disparition des espèces sur les fonctions écologiques d’un écosystème. Un avion peut continuer à voler en perdant des rivets, mais il atteindra un point critique où sa chute sera inévitable. Cette réflexion soulève la question de savoir quel rivet est le plus crucial : le premier ou le dernier ?
Le film Don’t Look Up illustre également cette thématique, avec la chute imminente d’une comète destructrice de planète, qui suscite l’indifférence des politiciens et des médias, symbolisant notre inertie face au changement climatique.
Cependant, la situation décrite dans le film est un événement ponctuel, contrairement aux bouleversements à long terme liés à des points de bascule (tipping points), qui sont plus pertinents pour des phénomènes comme la prolifération du nénuphar ou la perte de rivets. Le concept de point de bascule, souvent associé à la déforestation de l’Amazonie, illustre comment des changements progressifs peuvent mener à des conséquences dramatiques. Il y a une décennie, il était estimé que la destruction de la forêt amazonienne deviendrait irréversible avec 40 % de surface déforestée. Aujourd’hui, des études indiquent que ce seuil pourrait être atteint avec seulement 20 % de déforestation, un chiffre déjà atteint.
Selon le rapport du GIEC d’août 2021, un point de bascule est un seuil critique au-delà duquel un système se réorganise de manière abrupte et souvent irréversible. Le rapport souligne également que des résultats à faible probabilité mais à fort impact peuvent avoir des conséquences majeures sur la société et les écosystèmes.
L’élévation du niveau de la mer, un phénomène irréversible à long terme, se poursuit progressivement. Toutefois, si le réchauffement climatique dépasse 2 °C, cela pourrait entraîner des événements à faible probabilité mais à fort impact, tels que l’effondrement de la calotte glaciaire de l’Antarctique de l’Ouest.
Les climatologues expriment des inquiétudes quant à l’emballement de leurs modèles en raison de rétroactions complexes, tout en rappelant que la notion de point de bascule ne doit pas faire oublier les effets quotidiens du réchauffement. La métaphore de la grenouille, qui se laisse cuire dans de l’eau chaude, illustre la nécessité d’agir rapidement pour contrôler une température qui augmente progressivement, plutôt que d’attendre un point de bascule dont l’impact pédagogique reste à évaluer.
Source : rapport Meadows, GIEC (2021)


