Hydroélectricité : La France mise sur les micro-barrages pour stocker l’énergie
La filière hydroélectrique française prévoit le développement d’une centaine de projets de petites stations de transfert d’énergie par pompage (Step) pour renforcer la flexibilité du système électrique. Cette initiative s’accompagne de la création d’un appel d’offres, dont les modalités de soutien restent à définir.
Actuellement, la France dispose de six barrages hydrauliques équipés de Step, capables d’injecter rapidement de grandes puissances pour répondre aux pics de consommation et d’absorber l’électricité excédentaire sur le réseau. Ces installations, souvent considérées comme des « batteries naturelles », varient en taille, le barrage de Grand’Maison étant le plus puissant avec une capacité de 1 800 mégawatts (MW), tandis que d’autres, comme celui de Savoie, ont une capacité de 300 MW, avec une moyenne de 820 MW.
La Step de Grand’Maison, située en Isère, me 550 mètres de long et 140 mètres de haut, stockant près de 140 millions de mètres cubes d’eau à 1 700 mètres d’altitude. L’eau parcourt 7 kilomètres à travers des galeries, chutant de 1 000 mètres pour alimenter les turbines, permettant ainsi de fournir 1 800 MW au réseau en seulement 15 minutes. Lorsque l’offre d’électricité dépasse la demande, l’eau est pompée pour être stockée dans un bassin supérieur.
Une centaine de petits projets dans les cartons
De nouveaux projets de Step, de plus petite taille, sont également envisagés. La Commission de régulation de l’énergie a récemment accordé des autorisations pour deux projets en Corse, chacun d’une capacité de 10 MW. D’autres installations, allant de 3 à plusieurs dizaines de MW, sont en préparation.
Jean-Charles Galland, directeur général de la Shema, a souligné l’importance de ces projets pour réduire les congestions sur le réseau de moyenne distribution, souvent saturé en raison de la production solaire excédentaire. Enedis a identifié que près de 10 % du réseau national souffre de congestion, rendant nécessaire un délai de plus de cinq ans pour raccorder de nouveaux parcs renouvelables.
Une flexibilité précieuse pour le réseau
Enedis exprime cependant des réserves sur la viabilité économique de ces futures Step, face à la compétitivité des solutions de batteries stationnaires. Le directeur de raccordement d’Enedis, Cédric Boissier, a noté que le coût le plus bas pour résoudre les problèmes de congestion reste d’écrêter la production.
Malgré ces préoccupations, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) considère que les Step offrent un potentiel de flexibilité intéressant et qu’il est judicieux de continuer à les développer. La production des Step d’EDF a d’ailleurs augmenté de 14 % au cours des six premiers mois de l’année par rapport à l’année précédente.
Un appel d’offres consacré aux Step en cours d’élaboration
Pour soutenir cette initiative, un appel d’offres spécifiquement dédié aux Step est en préparation à la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC). Les professionnels du secteur espèrent une mise en œuvre dès 2027, visant à tester le dispositif sur un volume d’environ 100 MW. Ce mécanisme de soutien pourrait prendre la forme d’un contrat pour différence, offrant un complément de rémunération aux producteurs lorsque les prix de marché sont inférieurs à un prix cible défini.
Cependant, la CRE s’est montrée très défavorable à un tel complément, arguant que la valeur d’une Step réside dans sa capacité à répondre aux signaux du marché de l’électricité. Elle préconise plutôt une aide à l’investissement.
Cette dynamique autour des micro-barrages souligne l’engagement de la France dans la transition énergétique et la nécessité d’adapter le réseau électrique aux nouveaux défis posés par la production d’énergie renouvelable.
Source : La Tribune


