En Bretagne, l’agriculture intensive pollue… et l’État la paie pour nettoyer ses algues vertes
Saint-Michel-en-Grève (Côtes-d’Armor), reportage
Le 20 juillet, aucune marée verte n’était visible dans la baie de Saint-Michel-en-Grève. Antoine Cilia, technicien responsable du ramassage des algues pour Lannion-Trégor communauté, a commencé sa surveillance à 6 h 30 sur la plage. À marée basse, il aurait eu l’opportunité de retirer d’éventuels amas d’algues avant qu’ils ne soient recouverts par la mer. Ces algues, bien que fraîches, dégagent un gaz toxique, l’hydrogène sulfuré (H2S), dont l’odeur rappelle celle des œufs pourris. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail recommande de les enlever dans les 48 heures suivant leur apparition.
La collecte des algues n’est pas effectuée par des agents de l’agglomération, mais par une entreprise de travaux agricoles. Cette situation soulève des interrogations, car la prolifération des algues en Bretagne est en grande partie due à la concentration de nitrates, dont 90 % proviennent de l’activité agricole, notamment des déjections des porcs et des volailles.
Depuis 2010, Lannion-Trégor communauté a été chargée de la gestion des algues pour le compte de l’État, qui finance entièrement la surveillance et le ramassage. Le budget annuel alloué à cette tâche s’élève à environ 500 000 euros.
Entre 2017 et 2021, l’État a dépensé 6,8 millions d’euros pour la lutte contre les algues vertes, et 4,8 millions d’euros sont prévus pour la période 2022-2024, selon un rapport de la Cour des comptes de juillet 2026. L’association Eau et rivières de Bretagne appelle à l’application du principe « pollueur-payeur » pour que les coûts ne soient pas supportés par les contribuables.
Les opérations de ramassage nécessitent une astreinte quotidienne, car elles doivent être effectuées rapidement, souvent au détriment des récoltes agricoles. En ce début d’été, les champs de blé sont en grande partie récoltés, mais l’entreprise Briand Environnement, qui s’occupe de la collecte, a hérité de ce marché en 2018. Ce marché représente environ 8 % de son chiffre d’affaires.
Xavier Briand, le responsable de cette société, a déclaré que l’activité n’est pas rentable, bien qu’il ait augmenté les tarifs de 30 % lors du dernier appel d’offres en 2024. Les volumes d’algues collectées ont considérablement diminué, passant d’environ 25 000 mètres cubes par an dans les années 2010 à seulement 8 000 mètres cubes en 2025.
La Cour des comptes souligne que cette diminution est liée à l’adhésion des agriculteurs locaux à des dispositifs d’incitation à améliorer leurs pratiques agricoles afin de réduire les nitrates. En deux décennies, les arrivages d’algues ont été divisés par trois, ce qui est positif pour l’environnement et les vacanciers, mais moins pour les affaires de Xavier Briand.
En conclusion, la situation actuelle en Bretagne met en lumière le lien entre l’agriculture intensive, la pollution et les coûts de nettoyage, posant la question de la responsabilité financière des pollueurs.
Source : Reporterre


