«On doit savoir s’adapter aux familles»: en Slovaquie, des assistantes sociales en soutien aux communautés Roms

On doit savoir s’adapter aux familles : des assistantes sociales en soutien aux communautés Roms en Slovaquie

En Slovaquie, les Roms constituent environ 10 % de la population. Ces communautés marginalisées rencontrent des difficultés d’accès aux soins, en particulier pour les femmes enceintes. Dans ce contexte, le projet « Mission 1000 » a été mis en place pour offrir une médiation sanitaire au sein des communautés roms socialement défavorisées, en se concentrant sur les 1000 premiers jours de la vie d’un enfant.

Dans la petite ville de Smizany, située dans le nord-est de la Slovaquie, une communauté rom de 3 200 personnes, selon les chiffres officiels, s’est établie au pied des montagnes. Ce chiffre pourrait être sous-estimé. Lenka Bagarova, 41 ans, mère de trois enfants et déjà grand-mère, travaille comme babica – assistante sociale en slovaque – dans ce village. Avant cela, elle était employée dans une usine.

Dans sa maison de plain-pied, Lenka organise des activités d’éveil pour Valentinka, une petite fille rom, sous le regard de sa mère, âgée d’une quinzaine d’années. Ces activités comprennent des jeux de coloriage, de mémoire et de lecture.

Lenka s’occupe également de 11 autres enfants et de deux femmes enceintes, qu’elle suit depuis le début de leur grossesse. « J’ai un bon contact avec les gens, donc mon travail ne me pose pas de problème », explique Lenka. « Quand j’assiste à l’accouchement, cela renforce le lien avec la mère et la famille que j’accompagne. Mon objectif est d’être une bonne babica. »

La confiance est essentielle dans le travail d’une babica. « L’idéal est d’accompagner dès la grossesse pour établir un lien de confiance et bien conseiller la femme enceinte », précise-t-elle. Chaque assistante sociale est une femme rom qui vit dans la communauté qu’elle sert, ce qui facilite son acceptation. « On doit savoir s’adapter aux familles », ajoute Lenka.

Le programme « Mission 1000 » est financé par le gouvernement slovaque et des fonds européens. Actuellement, 29 babice sont salariées, contre quatre lors du lancement du projet en 2019. Pour Lucia Katrenicova, superviseure du programme, il s’agit d’une « affaire de cœur ». « Les 1000 premiers jours de l’enfant sont les plus importants », souligne-t-elle.

Le programme se concentre principalement dans les régions de Presov et Kosice, où se trouvent la majorité des communautés roms. Le service des babice est gratuit pour les familles, avec un salaire d’environ 1000 € brut par mois, légèrement supérieur au revenu minimum slovaque. La pauvreté reste un problème majeur, avec environ 150 000 Roms vivant en situation de précarité. Les familles manquent d’accès à l’eau potable, souffrent de malnutrition et vivent dans des logements insalubres, ce qui impacte leur santé.

Le soutien psychologique est également crucial. Les babice jouent un rôle fondamental en aidant les familles sur le plan social, éducatif et psychologique. Leur formation de trois jours leur enseigne les premiers soins et la communication avec les familles. « Nous sommes considérées comme des collègues par le personnel médical », se réjouit Lenka.

Le gouvernement slovaque mène des campagnes de sensibilisation pour encourager les femmes enceintes à consulter un gynécologue, mais des défis demeurent, notamment la réticence face à des praticiens masculins.

Alexander Dasko, plénipotentiaire pour les communautés roms, souligne la nécessité d’une collaboration avec des ONG comme l’ACEC, qui soutient le programme « Mission 1000 ». Malgré des progrès, des préjugés persistent des deux côtés, et l’inclusion des Roms dans la société slovaque reste un défi majeur.

La situation financière des ONG est précaire, dépendant de subventions, et il est crucial que les babice reçoivent leur salaire en temps voulu. Environ 430 millions d’euros ont été alloués jusqu’en 2027, mais la plupart des fonds ont déjà été utilisés. Dasko conclut en affirmant que le gouvernement doit prendre des mes plus significatives pour aborder les problèmes des Roms.

Source : RFI

Source
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *