La Guinée de Sékou Touré : une base avancée soviétique pour intervenir dans la sous-région ?

La Guinée de Sékou Touré : une base avancée soviétique pour intervenir dans la sous-région ?

Depuis 2023, la Guinée s’est affirmée comme une plateforme logistique discrète pour les livraisons de matériel russe vers les trois États de l’Alliance des États du Sahel (AES). Plusieurs enquêtes ont révélé un flux régulier d’équipements transitant par le territoire guinéen avant de rejoindre le Mali, renforçant les liens historiques entre Conakry et Bamako, souvent résumés par la formule d’Ahmed Sékou Touré : « le Mali et la Guinée sont deux poumons dans un même corps ».

Une vaste opération de dépollution franco-guinéenne entre 2014 et 2018 a mis en lumière des centaines de tonnes de munitions soviétiques et chinoises enfouies à travers le pays. Cela soulève des questions sur l’ampleur de l’appui militaire soviétique à la Guinée et sur la possibilité que le pays ait servi d’avant-poste pour la projection de forces dans la région.

En 2013, le président Alpha Condé a sollicité l’aide de la France pour faire face à un grave problème de sécurité intérieure concernant des munitions obsolètes, enterrées ou jetées dans des rivières. Les démineurs français et le génie guinéen ont détruit environ 580 tonnes de munitions à Kindia, 165 tonnes à Kankan et 15 tonnes à Boké, révélant l’ampleur de ces stocks.

Une étude des munitions découvertes montre une variété d’armements allant des grenades laissées par l’armée française à des roquettes et obus fournis par les Soviétiques et les Chinois entre les années 1960 et 1980. Lors de l’opération de dépollution de 2014, les démineurs ont relevé 13 800 roquettes antichars, 44 000 obus et 3 000 mines, suggérant des stocks comparables dans d’autres villes guinéennes.

L’origine de ces munitions soulève des interrogations quant à leur usage prévu. Après l’agression portugaise de 1970, Sékou Touré a renforcé la milice nationale au détriment de l’armée régulière, créant un système de contrôle des munitions centralisé et inadapté. Les munitions se sont dégradées et sont devenues inutilisables, tandis que des éléments ont été détournés.

La question demeure : la Guinée aurait-elle constitué un avant-poste pour des interventions soviétiques dans la sous-région ? Dans un contexte où Sékou Touré voyait des menaces partout, ces stocks auraient pu servir tant à la défense qu’à la répression interne.

Il reste à explorer cette page de l’histoire guinéenne, marquée par des relations complexes entre Conakry et Moscou, et l’impact de ces munitions sur la sécurité régionale.

Source : Revue Conflits

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