Les Émirats arabes unis cherchent l’apaisement avec l’Iran : entre pragmatisme et realpolitik
Au début de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, les Émirats arabes unis avaient été qualifiés de “les plus faucons” des pétromonarchies du Golfe, comme le rappelle le quotidien britannique Financial Times. Ils avaient même été un belligérant actif, n’hésitant pas à mener leurs propres raids contre l’Iran, qui de son côté avait lancé “près de 3 000 attaques par missiles et par drones” contre les Émirats, plus que contre tout autre pays.
Cependant, les signes indiquent désormais que “les Émirats arabes unis et l’Iran cherchent à réduire les tensions” et qu’Abou Dhabi souhaite “renouer avec un semblant de normalité après la plus grande crise depuis son indépendance, en 1971.”
L’importance du marché iranien
Les Émirats affichent leur volonté d’apaisement à travers un “mélange de pragmatisme et de realpolitik”. Ils ont abandonné l’idée d’un changement de régime à Téhéran et préfèrent composer avec le gouvernement iranien. Plus que les autres pétromonarchies, ils “comprennent qu’ils sont otages de la géographie” et tributaires des liens économiques historiques avec l’Iran.
Un responsable émirati souligne : “L’Iran a une population importante, représente un gros marché de consommateurs, et assurément un avantage considérable pour Dubaï en tant que plateforme de commerce et de réexport” pour les biens iraniens. Un homme d’affaires local ajoute : “Un cageot de tomates pour 5 dirhams [1,20 euro] ne pourra venir que de l’Iran.”
De plus, “plusieurs centaines de milliers d’Iraniens vivent à Dubaï,” et les Émirats ont autorisé le retour de quelque 20 000 d’entre eux qui avaient quitté le pays au début de la guerre, souvent en raison d’une diffuse hostilité antichiite.
Retour du commerce et des premiers vols iraniens
Les échanges commerciaux entre les deux pays ont repris, et “à l’aéroport de Dubaï, les premiers vols iraniens depuis le début de la guerre ont tranquillement repris.” Les traditionnels dhows, ces bateaux en bois, “naviguent à nouveau dans les eaux turquoise du Golfe pour transporter des biens depuis l’Iran vers les ports de Dubaï.”
Les responsables émiratis expriment également leur “appétit” pour des investissements en Iran une fois la guerre définitivement terminée.
Cette politique de détente est portée par trois frères de Mohammed ben Zayed, l’homme fort d’Abou Dhabi : Tahnoon, Mansour et Abdullah, respectivement conseiller pour la sécurité nationale, vice-président et ministre des Affaires étrangères. Tahnoon est réputé pour sa ligne modérée vis-à-vis de l’Iran. Toutefois, les Émirats font un “pari audacieux”, car, en parallèle de leur rapprochement avec l’Iran, ils renforcent leur alliance militaire avec les États-Unis et poursuivent leur rapprochement avec Israël.
Source : Financial Times


