La demande est en train d’exploser : la sécheresse, arme à double tranchant pour les producteurs de foin de Crau

Les producteurs de l’AOP foin de Crau, situés entre Arles et Salon-de-Provence dans les Bouches-du-Rhône, constatent une demande en forte augmentation. Après trois années de crise, la sécheresse actuelle leur permet d’écouler des stocks invendus pour nourrir les animaux, mais elle entraîne également une chute des rendements pour les nouvelles coupes.

Ce paradoxe climatique touche les agriculteurs de la région. Depuis quelques semaines, la canicule assèche la France, provoquant un afflux d’appels dans les exploitations de la Crau. Les pâturages habituels sont desséchés, poussant les éleveurs à rechercher du fourrage en urgence. Bien que cette situation soit une opportunité commerciale, elle se heurte à une réalité agronomique difficile : la croissance de l’herbe est freinée par des températures extrêmes.

Si la première coupe du printemps a permis de remplir les hangars, la situation s’est détériorée pour les coupes suivantes. Antoine Bonfillon, producteur de foin de Crau, souligne : « Les conditions climatiques étaient au rendez-vous, il n’y a pas eu de pluie donc pour nous, c’est un petit peu notre gage de qualité. Sauf que ça a eu un impact bien évidemment sur notre rendement. Il manque énormément de rendement en seconde coupe par rapport à l’année dernière, parce qu’on souffre de cette grosse chaleur. »

Malgré un système d’irrigation, les rendements ont chuté d’environ 30 % ou plus, et la troisième coupe ne s’annonce pas mieux. Didier Tronc, directeur technique du Comité du foin de Crau, précise que même l’irrigation ne compense pas les effets de la chaleur intense.

Cet engouement soudain des acheteurs est un soulagement pour une filière qui a traversé trois années difficiles. Le changement climatique a engendré des printemps plus pluvieux, favorisant la production fourragère et contribuant à des stocks conséquents. Parallèlement, les effectifs du cheptel français ont diminué de manière significative au cours de la dernière décennie, créant un déséquilibre entre l’offre et la demande.

Antoine Bonfillon témoigne de la fragilité économique du secteur : « Pour que l’on s’en sorte, il faut le vendre minimum 200 euros la tonne. Et là, il avait chuté jusqu’à 100, 120 euros. C’était catastrophique, on a même eu des exploitants qui ont arrêté. »

La situation actuelle, avec une demande qui explose, notamment de l’étranger, redonne un peu d’air aux finances des producteurs. Bien que les volumes des futures coupes soient faibles, le retour à des prix rémunérateurs pourrait apporter une lueur d’espoir à une profession éprouvée.

Source : France 3 Occitanie

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