Les Premiers Influenceurs Français : Grimod de La Reynière et Ses Contemporains
En 1806, le gastronome parisien Grimod de La Reynière publie un nouveau périodique dans la France de l’après-Révolution : le Journal des Gourmands et des Belles. Ce magazine, dès son premier numéro, vise à conseiller ses lecteurs sur la gastronomie, la mode et la vie théâtrale, réunissant ces thématiques dans un même espace.
Ce journal, désormais presque oublié, est l’un des premiers en France à offrir un éventail complet de contenus que l’on qualifierait aujourd’hui de « lifestyle ». Son approche, bien que rédigée dans le vocabulaire du début du XIXe siècle, rappelle les comptes Instagram actuels de certains influenceurs.
Ces figures influentes ne surgissent pas de nulle part. Avant la Révolution française de 1789, des manuels de savoir-vivre, des guides culinaires et des gazettes spécialisées dictaient déjà les règles de conduite. Cependant, la Révolution a bouleversé la nature et l’abondance de ces conseils, les rendant accessibles à un public dont le statut social est devenu incertain.
Grimod de La Reynière lui-même a eu un parcours varié, passant d’avocat à critique de théâtre, puis épicier de luxe, avant de s’imposer en tant qu’écrivain gastronomique. D’autres figures, comme Pierre de La Mésangère, ancien prêtre, dirigent le Journal des Dames et des Modes de 1797 à 1831, faisant de ce périodique de mode le plus durable de l’époque.
Les Prescripteurs d’une Nouvelle Époque
Dans la France de l’après-Révolution, un ensemble de personnages diversifiés émerge, tous désireux de transmettre les codes culturels d’un Ancien Régime dont les structures ont été renversées. Dans ce nouveau contexte, le goût et la culture matérielle deviennent des marqueurs sociaux cruciaux.
Les architectes Charles Percier et Pierre François Léonard Fontaine, sous la direction de Napoléon, publient le Recueil de décorations intérieures, codifiant ainsi le style Empire.
Transformation du Leadership Féminin
Avant la Révolution, les figures influentes en matière de mode étaient principalement des reines et des favorites royales, telles que Madame de Pompadour et Marie-Antoinette. Après 1789, l’influence se déplace vers les épouses de banquiers et de financiers, ainsi que vers des aristocrates comme Juliette Récamier et Fortunée Hamelin.
Madame Hamelin, créole de Saint-Domingue, est une figure emblématique des Merveilleuses, un groupe de femmes dont les tenues extravagantes ont marqué la mode sous le Directoire. Ses coiffures et ses vêtements étaient largement imités, et son salon à l’Hôtel de Bourrienne était l’un des plus prisés de Paris.
Influence à l’Étranger
Des figures similaires émergent également en Grande-Bretagne, où la révolution industrielle transforme la société. Josiah Wedgwood et Beau Brummell sont des exemples d’influenceurs qui ont su marquer leur époque.
La fin de la Terreur a libéré une soif de plaisirs longtemps réprimés, et Napoléon a encouragé le renouveau des industries du luxe. À partir de 1808, la création d’une noblesse impériale institutionnalise l’ascension d’une nouvelle élite.
Conclusion
Ces transformations montrent que l’influence « lifestyle » n’est pas un phénomène moderne, mais une pratique née dans le Paris de l’après-Révolution. En nous tournant vers des arbitres du goût numériques aujourd’hui, nous prolongeons une tradition inaugurée par Grimod de La Reynière et ses contemporains.
Source : Institut de France

