Quand Cecil Beaton photographiait la reine mère pour la première fois : « En me choisissant, la reine faisait preuve d’une audace novatrice »
Elizabeth Angela Marguerite Bowes-Lyon, connue sous le nom de la reine mère, n’a jamais pardonné à Édouard VIII d’avoir abdiqué pour épouser celle qu’elle désignait comme « cette femme ». Son époux, Albert, timide et bègue, a dû prendre la couronne sous le nom de George VI. Malgré cela, elle appréciait son rôle de « duchesse souriante » d’York, même si Cecil Beaton la trouvait « ennuyante ». À l’époque, alors simple épouse du cadet, elle n’était pas encore contrainte de sacrifier le thé de cinq heures avec son Bertie pour poser devant un portraitiste de cour.
Beaton, qui a plus tard décrit la reine Elizabeth comme « un nuage de coton passé au chalumeau », avait photographié peu avant les noces de la duchesse de Windsor. Grâce à son talent, ces portraits avaient contribué à rehausser l’image de la duchesse, la propulsant au rang d’icône de style au sein de l’Empire britannique et au-delà.
À la fin de la séance photo, Beaton a pris congé de la reine dans le hall : « De cet insigne honneur subsisteraient une centaine de négatifs. Mais je dissimulais dans ma poche un mouchoir parfumé au nard et au gardénia, que la reine avait glissé derrière le coussin d’une chaise, à l’abri des objectifs indiscrets. Je l’avais dérobé. C’était ma récompense secrète, un souvenir plus romanesque et plus authentique que toutes ces photographies. »
Les portraits de la reine Elizabeth ont été publiés deux mois après le début de la Seconde Guerre mondiale, qui a éclaté le 1er septembre 1939. Leur objectif était de rasr les Britanniques : malgré les conflits et les abdications, la monarchie demeurait solide. En 1963, la reine mère a remercié Beaton pour son livre Royal Portraits, exprimant sa nostalgie pour les années passées et la qualité des portraits qui montraient la famille sous un jour aimable et authentique.
Au cours de sa carrière, Beaton a photographié près de trente membres de la famille royale, influençant durablement l’image de la monarchie britannique. Selon Roy Strong, aucun autre photographe n’a bénéficié d’un soutien aussi constant ni exercé une influence aussi profonde sur le public entre la fin des années 1930 et les années 1970. Beaton, romantique à ses heures, a mis son talent au service de la Couronne, entourant la famille royale de glamour et d’une aura de mystère, tout en la rendant accessible.
Sur les conseils de la reine mère, Elizabeth II a choisi Beaton comme photographe officiel de son couronnement en 1953, malgré les réticences de son époux, le duc d’Édimbourg, qui aurait préféré un autre photographe. En reconnaissance de ses services, la reine l’a élevé au rang de commandeur de l’ordre de l’Empire britannique.
L’importance de Beaton dans l’iconographie de la monarchie du XXe siècle reste indéniable, malgré la profusion d’images de la famille royale dans les médias contemporains.
(Source : article sur Cecil Beaton et la reine mère)


