Oman, l'exception géopolitique du Golfe

Oman : L’exception géopolitique du Golfe

Une thalassocratie ibadite

Oman se distingue par son héritage maritime ancien, tourné vers l’océan Indien. Les ports de Sohar, Mascate et Sur ont historiquement relié la péninsule arabique à l’Afrique orientale, à l’Inde et au monde persan. Cette ouverture maritime contraste avec le cœur tribal de l’Arabie centrale. La spécificité d’Oman repose sur une dualité politique unique, entre l’imamat ibadite, électif et ancré dans les montagnes, et le sultanat, monarchique et maritime, centré sur les villes côtières. L’ibadisme, une branche ancienne de l’islam, se caractérise par une doctrine du compromis et un rejet du takfir, favorisant ainsi une culture de la modération et du consensus.

Le choc portugais (1507-1650) : dépossession et réveil maritime

L’arrivée des Portugais au début du XVIᵉ siècle a marqué une rupture géopolitique majeure. Mascate a été conquise en 1507, entraînant une perte de contrôle sur les routes commerciales stratégiques. Toutefois, cette domination est restée limitée, suscitant une forte résistance de l’imamat ibadite. Au XVIIᵉ siècle, les imams Yaʿruba ont mené la reconquête, et les Portugais ont été expulsés en 1650, permettant à Oman de renaître comme puissance navale régionale.

L’empire omanais et Zanzibar : apogée, fragilité, puis tutelle britannique

Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, sous la dynastie Al Bou Saïd, Oman a construit un empire maritime s’étendant de la péninsule arabique à la côte swahilie, avec Zanzibar comme centre économique majeur. Cependant, cette thalassocratie était fragile, dépendante du commerce et vulnérable aux rivalités européennes. La séparation de Zanzibar en 1856 a marqué un tournant décisif, entraînant un repli d’Oman sur la péninsule. À partir du XIXᵉ siècle, Oman est entré dans l’orbite britannique, ce qui a freiné son développement. Au milieu du XXᵉ siècle, Oman était l’un des États les plus pauvres de la région, avec des infrastructures quasi inexistantes.

1970 : la révolution silencieuse de Qabous ibn Saïd

En 1970, le jeune sultan Qabous ibn Saïd, formé en Grande-Bretagne, a renversé son père avec le soutien britannique, annonçant la fin de l’isolement du pays. Ce changement a été marqué par une normalisation avec ses voisins saoudien et iranien et la recherche d’appuis externes pour stabiliser le pays, alors en proie à une guerre civile. En 1971, Oman a adhéré à l’ONU et à la Ligue arabe, marquant une transformation radicale vers un État unifié et moderne.

Principes et mise en œuvre de la politique étrangère de Qabous

Le sultan Qabous a promu une politique de non-ingérence, respect du droit international et non-alignement. Il a cherché à établir des relations diplomatiques avec des États arabes et non arabes, mettant fin à un long isolement diplomatique.

Bilan et héritage

Après vingt-cinq ans de règne, Qabous a concrétisé son idée d’Oman, atteignant des objectifs de sécurité à long terme, notamment avec la création du Conseil de coopération du Golfe en 1981. Bien que le régime demeure autoritaire, il a ouvert des espaces de participation citoyenne. L’héritage ibadite a influencé sa politique étrangère, axée sur la recherche de la sécurité par des moyens non violents. Oman se positionne ainsi comme une puissance modeste, dont l’influence repose sur la crédibilité et la constance, dans un Moyen-Orient souvent marqué par des rapports de force brutaux.

Source : Revue Conflits

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