Rénover ne suffit plus : le vrai défi énergétique du bâtiment tertiaire commence avec le pilotage
Depuis le décret tertiaire, la rénovation énergétique des bâtiments s’est imposée comme une priorité. Isolation, renouvellement des équipements, modernisation des systèmes de chauffage et de climatisation : les chantiers se multiplient. Cependant, les résultats déçoivent souvent, avec des écarts élevés entre performances annoncées et consommations réelles. En effet, beaucoup ont longtemps confondu rénovation et performance. Rénover crée un potentiel, mais l’exploiter intelligemment au quotidien représente un défi majeur.
Selon l’observatoire du Gimelec, seuls 33 % des immeubles de 10 000 à 20 000 m² concernés ont déployé des équipements de pilotage énergétique, ce qui souligne un retard significatif dans ce domaine.
Le vrai enjeu commence après les travaux
Les pertes énergétiques liées à l’exploitation des bâtiments peuvent représenter jusqu’à 30 % de leur consommation, selon la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Ces pertes pourraient être évitées grâce à une gestion centralisée. La rénovation crée une opportunité, mais son exploitation efficace nécessite une compétence accrue de l’écosystème de gestion des bâtiments, impliquant exploitants, mainteneurs multi-techniques et property managers, ainsi qu’une sensibilisation des occupants.
Une situation courante est celle de la climatisation forcée durant des périodes de canicule, sans tenir compte des horaires réels d’occupation des bureaux. Cela souligne un problème plus large : la compétence d’exploitation est souvent le maillon faible de la chaîne de performance énergétique.
Passer du mode réactif au mode prédictif
Actuellement, la majorité des équipements réagissent à des situations ponctuelles. Cela rend les bâtiments vulnérables aux aléas climatiques et entraîne une consommation énergétique souvent plus élevée que nécessaire. L’inertie thermique des bâtiments reste largement inexploitée. Un bâtiment bien piloté peut anticiper, préchauffer et ajuster sa consommation sans compromettre le confort.
Exploiter les données disponibles, telles que les historiques de consommation et les comportements d’usage, permettrait de passer à un pilotage prédictif. Le numérique, à travers les capteurs et la gestion technique des bâtiments (GTB), transforme le secteur en fournissant des outils d’aide à la décision.
La flexibilité énergétique : une opportunité à saisir dès maintenant
Des mécanismes d’effacement et de report de consommation, visant à maintenir l’équilibre du réseau électrique national, offrent une opportunité supplémentaire d’allier sobriété énergétique et rémunération. Le standard Flex Ready, proposé par le Gimelec, vise à structurer cette flexibilité dans le secteur tertiaire.
Selon la CRE, 6 GW de puissance flexible sont mobilisables dans le tertiaire français, équivalant à six réacteurs nucléaires. Ce potentiel reste largement inexploité, car la flexibilité nécessite un bâtiment déjà bien piloté.
Concrètement, l’utilisation d’un opérateur d’effacement, intermédiaire agréé par RTE, permet de valoriser la capacité de pilotage d’un bâtiment sur le marché électrique. L’expérimentation Cube Flex, menée durant l’hiver 2023-2024, a montré qu’il était possible de réduire la consommation énergétique de 7 % pendant les heures de pointe, et jusqu’à 20 % lors des journées de test « EcoWatt Rouge », sans nuire au confort des occupants.
Les acteurs du secteur immobilier comprennent désormais que la question n’est plus de savoir s’il faut rénover, mais comment gérer les bâtiments après les travaux. Cela passe par trois axes : exiger un pilotage prédictif des prestataires, intégrer la flexibilité dès la conception des contrats et demander des comptes sur l’exploitation des données.
Les pouvoirs publics doivent également agir, car les obligations réglementaires ne suffisent pas. Le décret tertiaire fixe des objectifs, mais ne forme pas les équipes ni ne finance les outils de pilotage nécessaires. Le bâtiment tertiaire de demain devra être non seulement rénové, mais aussi piloté efficacement pour contribuer à l’ensemble du système énergétique français.
Source : Gimelec, CRE

