Ces femmes qu'on n'appelait pas Première dame - L'Atelier politique

Ces femmes qu’on n’appelait pas Première dame

Joëlle Chevé, historienne spécialisée dans l’histoire des femmes et du pouvoir, a publié L’Élysée au féminin (Éditions du Rocher, 2017), un ouvrage qui met en lumière le rôle méconnu des épouses et compagnes des chefs d’État français, de la Révolution à la fin de la IVᵉ République. Elle souligne combien ces femmes ont exercé un pouvoir réel, souvent ingrat et sans reconnaissance officielle. Invitée de l’Atelier Politique, elle a répondu aux questions de Frédéric Rivière.

Une République qui rêve de reines

Dès la Révolution, un paradoxe se dessine : les républicains, qui rejettent le modèle monarchique, se retrouvent démunis face à l’absence de figures féminines dans le pouvoir. Joëlle Chevé note que « la conception républicaine qui impose une stricte séparation entre vie publique et vie privée n’a, en réalité, pas rompu avec les représentations monarchiques ». Les épouses des présidents de la IIIᵉ République vivent une situation qualifiée de « quasi schizophrénique », où elles doivent incarner un idéal féminin, oscillant entre la reine rêvée et la ménagère traditionnelle. Huit d’entre elles, entre 1871 et 1914, se retrouvent à « inventer la fonction ».

Des ménagères sous les ors de la République

Ces femmes, surnommées « présidentes », n’ont aucun statut officiel et ne sont pas reconnues par la loi ou la Constitution. Pourtant, leur rôle est crucial : elles organisent des réceptions, représentent la France à l’étranger et gèrent le protocole. La presse les scrute, oscillant entre la critique et l’admiration. Par exemple, Coralie Grévy et Marie-Louise Loubet sont souvent vilipendées, tandis qu’Henriette Poincaré est célébrée pour son patriotisme durant la Grande Guerre.

Des femmes prises dans l’histoire

La IIIᵉ République est marquée par des tragédies. Cécile Carnot, dont le mari a été assassiné en 1894, et Blanche Doumer, veuve de Paul Doumer tué en 1932, sont parmi les rares Premières dames à avoir connu une reconnaissance publique. Joëlle Chevé évoque également Marguerite Lebrun, épouse du dernier président de la IIIᵉ République, qui a refusé de soutenir le régime de Vichy.

Michelle Auriol, la première « présidente sociale »

La IVᵉ République marque un tournant avec Michelle Auriol, qui, de 1947 à 1954, construit délibérément son rôle. Elle est décrite comme la première « présidente sociale », s’engageant dans des visites d’hôpitaux et des actions caritatives. En revanche, Yvonne de Gaulle, à partir de 1959, choisit de se faire discrète, limitant sa présence officielle.

Source : L’Élysée au féminin, Joëlle Chevé, Éditions du Rocher, 2017.

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