Esclaves dans le Paris des Lumières : Une Biographie Collective Révélatrice
Miranda Spieler, historienne spécialisée dans l’esclavage au sein de l’empire colonial français, s’attaque à un défi de taille : comment écrire la biographie de personnes esclaves à Paris, une ville où l’esclavage est théoriquement illégal en vertu du principe du « sol libre » ? Dans son ouvrage, qui sera publié en version anglaise en 2025, elle explore les trajectoires de fugitifs cherchant à échapper aux autorités, dont l’individualité est souvent effacée dans les archives.
Ce projet a émergé d’une découverte à la bibliothèque de l’Arsenal à Paris, où l’historienne a trouvé des mentions d’esclaves dans des dossiers de police relatant des scènes de chasse à l’homme. Contrairement aux grands ports de la façade atlantique, aucune loi ne reconnaît l’existence d’esclaves dans la capitale. Le parlement de Paris, se basant sur le « privilège de la terre de France », a refusé d’enregistrer des édits royaux de 1716 et 1738 autorisant les colons à se faire accompagner de leurs esclaves en métropole.
Spieler révèle comment les lettres de cachet, un dispositif extrajudiciaire, ont été utilisées contre les esclaves. Parmi une centaine de lettres repérées, elle se concentre sur cinq cas : Jean, Pauline, André Lucidor, Julien et Ourika. Ces récits montrent la précarité de la liberté pour les personnes d’ascendance africaine ou indienne, évaluées à quelques milliers dans le Paris du XVIIIe siècle, dont certaines considéraient la capitale comme un refuge.
L’ouvrage propose une méthode d’écriture centrée sur des parcours individuels, utilisant la microhistoire pour reconstituer l’environnement spatial et social de ces individus. En suivant leur mobilité dans la ville, Spieler dépeint un Paris où les esclaves et affranchis peinent à échapper au contrôle de leurs propriétaires. Par exemple, Jean, qui s’est enrôlé dans le régiment de Maurice de Saxe pour fuir les mauvais traitements, est finalement renvoyé à Saint-Domingue en 1752.
L’ouvrage dévoile également un autre visage de Paris au XVIIIe siècle. Les quartiers traversés par ces individus révèlent une capitale où la liberté est difficile à obtenir et où les structures de pouvoir demeurent oppressives. Malgré une protection théorique des tribunaux, la Marine et la police défendent activement les droits des maîtres.
En somme, l’œuvre de Miranda Spieler met en lumière le rôle des esclaves et des esclavagistes dans la construction du Paris des Lumières, offrant une perspective essentielle sur l’histoire de la ville.
Source : Miranda Spieler, recherche sur l’esclavage à Paris.


