Le patronat face aux régimes d’extrême droite : un regard historique
L’historien Hervé Joly, directeur de recherche au CNRS, souligne que l’adaptation du patronat aux régimes d’extrême droite, qu’ils soient historiques ou contemporains, reste un sujet complexe. Dans une récente interview, il évoque les parallèles entre le comportement des chefs d’entreprise face à l’extrême droite, notamment lors de la réception d’un leader du Rassemblement national par le Medef, qui a rappelé des échos des années 1930.
Joly précise que ces rencontres ne doivent pas être interprétées comme un soutien au Rassemblement national, mais comme une démarche d’exploration des intentions politiques de ce parti. Il rappelle que les interactions entre le patronat et les partis politiques, y compris ceux de gauche, sont courantes, surtout en période électorale.
Concernant l’histoire, il conteste l’idée selon laquelle le patronat allemand aurait joué un rôle déterminant dans l’ascension des nazis au pouvoir, arguant que cette responsabilité revient principalement aux résultats électoraux et à l’incapacité des partis rivaux à s’unir. Une fois au pouvoir, Hitler a rassuré les milieux d’affaires, qui ont trouvé des avantages dans la nouvelle économie d’armement, malgré la perte de marchés extérieurs.
En France, Joly qualifie la phrase « plutôt Hitler que le Front populaire » de légende historique, affirmant que le patronat n’a jamais souhaité l’arrivée de Pétain. Cependant, une fois installé, le régime de Vichy a permis au patronat de se débarrasser des syndicalistes et de s’associer à la gestion de l’économie.
Les années 1930 ont vu des figures comme François Coty et Eugène Schueller flirter avec l’extrême droite, mais Joly insiste sur le fait que le patronat français, par le biais de la Confédération générale du patronat français, n’a pas massivement adhéré aux mouvements nationalistes ou fascistes.
Aujourd’hui, la tendance vers une économie ouverte demeure, même si certains secteurs se montrent plus protectionnistes. Joly note que le patronat s’adapte généralement au pouvoir en place, qu’il soit de gauche ou d’extrême droite. Il souligne que les seuls régimes que le patronat ne peut pas accepter sont les régimes communistes, qui menacent leur existence.
Enfin, Joly évoque une croyance répandue parmi certains chefs d’entreprise selon laquelle l’État pourrait être géré plus efficacement comme une entreprise. Cependant, il souligne que cette vision est souvent illusoire, car la gestion d’un État diffère considérablement de celle d’une entreprise commerciale.
Source : Alternatives Économiques


