Autisme : Pourquoi les scientifiques envisagent une nouvelle définition
Dès 1926, l’autisme a été défini comme un trouble des interactions sociales se manifestant dès la petite enfance. Cependant, il a été constaté que certaines personnes présentaient des symptômes autistiques sans avoir un développement très perturbé, ce qui a conduit à la définition du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme sans retard de langage ni déficience intellectuelle. Depuis 2013, les classifications médicales internationales ont regroupé ces différentes catégories sous le terme de « trouble du spectre de l’autisme », élargissant ainsi les critères diagnostiques. Cette évolution a entraîné une augmentation du nombre de diagnostics, souvent interprétée à tort comme une épidémie.
Récemment, des chercheurs éminents dans le domaine de l’autisme, tels que la psychologue Uta Frith et le psychiatre Laurent Mottron, ont remis en question ces nouveaux critères diagnostiques et la notion de spectre de l’autisme. Ils soutiennent que ce spectre regroupe des personnes aux troubles et niveaux de sévérité trop variés, rendant ainsi le diagnostic hétérogène. Une étude publiée dans la revue Nature a suggéré que les cas d’autisme diagnostiqués précocement (avant 10 ans) et tardivement (après 10 ans) pourraient représenter deux sous-types distincts.
L’âge de diagnostic de l’autisme varie considérablement, allant d’environ 18 mois à l’âge adulte. Cela dépend de divers facteurs, notamment l’environnement familial, l’accès au système de santé et les connaissances des professionnels de santé. En France, cette situation est particulièrement marquée. La sévérité des troubles joue également un rôle : plus les troubles des interactions sociales sont sévères, plus les enfants sont rapidement orientés vers le système de santé.
L’étude de Nature, qui a analysé des données de trois cohortes regroupant plus de 45 000 individus danois et américains, a révélé que les diagnostics précoces et tardifs se distinguent par des trajectoires développementales différentes. Les cas précoces montrent des difficultés comportementales constantes, tandis que les cas tardifs voient des difficultés croissantes avec l’âge. De plus, les cas tardifs présentent une prévalence plus élevée de troubles associés, tels que le TDAH et la dépression, et les facteurs génétiques sous-jacents diffèrent en grande partie.
Ces résultats pourraient inciter l’Association américaine de psychiatrie et l’Organisation mondiale de la Santé à modifier leurs définitions, envisageant de scinder le trouble du spectre de l’autisme en fonction de l’âge au diagnostic et des profils cognitifs. Une telle révision pourrait déstabiliser les personnes concernées et leurs familles, ainsi que les professionnels de santé, qui devraient adapter leurs pratiques. Les définitions des troubles et maladies sont des constructions humaines, devant être révisées en fonction des avancées scientifiques pour mieux répondre aux besoins des personnes concernées.
Source : L’Express


